Carte postale d'un soldat français de 1914-1918
Chère femme
Retranché dans ma casemate faite de terre et de bois, je t'écris cette
lettre pour te dire que je me porte bien.
Les boches nous assaillent de gaz moutarde, et les rats sont encore
moins supportables que ces foutus bombardements et tirs de mortier.
Sans parler des moustiques,
je n'ai pas la chance d'avoir de moustiquaire comme certains officiers.
Je ne dors pas de la nuit, je cauchemarde, je pense à toi et notre petit
Franck, j'ai peur de ne jamais plus vous revoir ou de perdre une jambe
comme mon ami Marcel qui s'est pris un obus dans le « no man's
land ».
Ce « no man's land », c'est notre hantise, quand les officiers sifflent,
nous devons sauter dedans prêts à nous faire tuer.
Quand donc je n'entendrais plus ces combats et ces œuvres de mort ?
Que Dieu mette fin à cette horrible guerre et que la paix règne sur
cette Terre apportant aux hommes ses bienfaits.
C'est là le souhait que fais en terminant. Au revoir ma bien aimée, je
t'embrasse du fond de mon cœur.
Ton mari qui pense fort à toi.
